Un manuel d’histoire crée la polémique en Grèce (Euro|topics)

C’est la Neue Zürcher Zeitung de Zurich qui nous apprend qu’un nouveau manuel d’histoire publié par le ministère grec de l’Education suscite l’agitation. En effet, l’Eglise orthoxe reproche aux promoteurs du manuel d’histoire d’idéaliser les relations greco-turques et de passer sous silence le rôle de l’Eglise orthodoxe sous l’empire ottoman. La suite du résumé de cette affaire dans Euro|topics.

Le Serment du Jeu de Paume dans les manuels scolaires

Animé notamment par l’historien du discours Jacques Guilhaumou, le site Révolution francaise.net est une entreprise originale de publication d’articles en ligne à vocation interdisciplinaire. Son ambition est d‘ interroger les catégories du politique en les inscrivant dans le champ des études révolutionnaires ainsi que de favoriser les croisements disciplinaires et d’articuler les problématiques de la recherche historique et les préoccupations du temps présent. (Qui sommes-nous? ). Epistémologies, historiographie ou enseignement forment quelques-unes des rubriques dans lesquelles leurs articles s’insèrent et qui intéressent plus particulièrement le didacticien d’histoire et le chercheur en analyse de discours que je suis. A titre d’exemple, je signalerai l’article de Marc Deleplace (IUFM de Reims), reprenant la célèbre formule d’Alain Decaux : On n’enseigne plus la Révolution française à vos enfants !.
Serment du jeu de paume de DavidSa dernière publication a elle d’autant plus retenu mon intérêt que je travaille actuellement autour de la place et du rôle des documents dans les manuels d’histoire vaudois que j’étudie. En effet, Sandrine Bouché, de l’Université Paris VII-Denis Diderot, propose sur le site de revolution-francaise.net une analyse de la place accordées au tableau de David relativement au Serment du Jeu de Paume dans les manuels d’histoire de 4e en France (Le Serment du Jeu de Paume dans les manuels de quatrième).

Dans un premier temps, elle fait le point sur les instructions officielles de 2001 et les attentes relativement à l’enseignement de l’histoire. Ces instructions invitent les enseignants «présenter les épisodes majeurs et les principaux acteurs de la période révolutionnaire»
Dans ce cadre, poursuit Sandrine Bouché le document historique est placé au coeur de cet enseignement et les manuels scolaires offrent aux enseignants un recueil de documents hétéroclites afin de traiter librement chaque période historique avec leurs élèves.

Dans la mesure où chaque enseignant ne peut être un spécialiste de toutes les périodes, Sandrine Bouché souligne que le rôle des éditeurs devient primordial dans le choix des documents puisqu’il influencera l’étude de l’événement en classe. Pour l’année 1789, sont présents dans la plupart des manuels une représentation de la première séance des Etats généraux, de la prise de la Bastille et, dans tous sans exception, le tableau de David : Le Serment du Jeu de Paume. Cependant, cette unanimité dans le choix du tableau de David cache d’autres différences. En effet, suivant les manuels, on trouve des reproductions différentes du Serment du Jeu de Paume. Rares sont ceux qui laissent place au tableau entier. La plupart d’entre eux le présentent avec des suppressions dans la composition.

L’article de Sandrine Bouché traite donc des différences à l’oeuvre dans le choix et le cadrage du document ainsi que des interprétations divergentes qui peuvent alors émerger, car une reproduction incomplète peut être à l’origine de mauvaises interprétations, voire d’une partialité dans le traitement et la compréhension de l’événement.

Au terme de son analyse, Sandrine Bouché en conclut que le traitement partiel d’un document remet en cause la rigueur scientifique propre à l’étude historique, qui doit normalement aboutir à la problématisation, mais qui finalement laisse place à une juxtaposition d’évènements simplifiés.

Pour ma part, un autre biais de ces manuels français mérite d’être également relevé à l’issue de ce travail.
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Historiographie européenne et manuels

Andreja Valic Zupan, président de l’association slovène des professeurs d’histoire, voit d’un oeil critique l’idée d’un manuel d’histoire européen. « Autrefois, l’historiographie visait souvent à diffuser des émotions nationalistes ou à renforcer le sentiment de supériorité raciste, religieuse ou culturelle, voire à inciter à la haine ou à la violence. Aujourd’hui, elle repose sur un appareil scientifique rigoureux. Mais les événements historiques n’ont rien d’objectif. Chaque nouvelle génération les voit à travers le prisme de sa propre culture, de ses valeurs et de ses conceptions. Toutefois, dans la plupart des systèmes éducatifs européens, il y a bien longtemps que l’histoire ne joue plus un rôle clé pour créer une nouvelle société. »

» article intégral (lien externe, slovène)

Via Euro|topic

Note : le 28 février, Euro|topic relayait l’information suivant laquelle l’Allemagne, qui préside pour six mois l’Union européenne, envisageait de suggérer l’élaboration d’un manuel d’histoire européen à la Conférérence  des ministres de l’Education.
L’article d’Euro|topic : un Manuel d’histoire européen?

Le genre du manuel d’histoire vaudois (IRIS 15.12.2006)

Texte de présentation de mon intervention lors de la journée du 15.12.2006 organisée dans le cadre de lu projet IRIS (Recherches d’enseignements interdisciplinaires) de l’Université de Lausanne, l’Ecole doctorale interdisciplinaire organise le 15 décembre 2006 une «Journée des doctorants : « Présentation de recherches en cours.»

Si la notion de genre remonte à l’Antiquité et se réfère principalement aux différents genres littéraires, on retrouve cette notion en sémiotique, en analyse du discours et en analyse textuelle pour des applications non-littéraires. Plusieurs définitions coexistent, voire s’opposent, en fonction des différents positionnements théoriques auxquels ces définitions se rattachent.
Pour notre travail, ancré dans l’analyse du discours, la notion de genre que nous souhaitons convoquer se rattache au point de vue du genre comme système communicationnel relativement à l’étude d’une production construite et institutionnalisée : le manuel d’histoire vaudois. Dans ce cadre-là, nous rejoignons les préoccupations relatives aux questions de contrat de communication et de genre situationnel. Pour P. Charaudeau, les genres de discours sont des genres situationnels, car «les caractéristiques des discours dépend[ent] essentiellement de leurs conditions de production situationnel où sont définies les contraintes qui déterminent les caractéristiques de l’organisation discursive et formelle.» [Dictionnaire d'analyse du discours (2002), p. 280]
Par ailleurs, les travaux de Bhatia (2004) offrent un prolongement théorique et des implications pratiques fort utile et intéressant au travaux de Charaudeau. En effet, Bhatia (2004) met en évidence les interactions existantes entre genres de discours. De plus, l’ouvrage offre un utile ancrage théorique sur l’évolution de la notion de genre confirmant l’évolution d’une acceptation statique du genre vers un acceptation du genre comme celle d’un phénomène dynamique ou du moins en évolution graduelle.
Bhatia souligne que les caractéristiques des disciplines ont généralement été ignorées dans les analyses relatives au genre. Cependant, des études récentes démontrent que les différences disciplinaires jouent un rôle significatif relativement aux discours spécialisés auxquels émargent les manuels d’histoire.

Ces travaux nous ont amené à proposer une première modélisation à affiner du genre du manuel d’histoire vaudois. En voici une première ébauche adaptée des travaux de Bhatia (2004 : 31), elle met en évidence les multiples interactions à l’oeuvre dans la généricité d’un discours tel celui des manuels d’enseignement. Dans la mesure où le manuel convoque les genres «histoire» et «pédagogie», le genre manuel est un genre multiple (ou hybride) et nécessite une compréhension tant de la matrice disciplinaire «histoire» que de celle de la «pédagogie» :

modelisation_manuel

Figure 1: Modélisation du genre «manuel d’histoire à vocation scolaire»

Ma communication du 15 décembre prochain permettra d’exemplifier et d’observer la mise en oeuvre de cette notion de genre comme système communicationnel au travers de deux manuels d’histoire vaudois, l’un du primaire, l’autre du secondaire.

Bibliographie :

Grandjean, H., Jeanrenaud, H. (1941). Histoire de la Suisse I & II. Lausanne, Genève, Neuchâtel, Vevey, Montreux, Berne, Bâle: Librairie Payot.

Michaud, G. (1939). Histoire de la Suisse. Lausanne ; Genève [etc.]: Payot, 163 p.

Bhatia, V. K. (2004). Worlds of written discourse : [a genre-based view] ([Repr.] ed.). London ; New York: Continuum.
Charaudeau, P. (2002). Dictionnaire d’analyse du discours. Paris: Ed. du Seuil.

Hyland, (2000). Disciplinary Discourses : Social Interactions in Academic Writing. Harlow : Pearson Education Ltd.)

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Présentation de thèses et de recherches en cours (IRIS)

Dans le cadre du projet IRIS (Recherches d’enseignements interdisciplinaires) de l’Université de Lausanne, l’Ecole doctorale interdisciplinaire organise le 15 décembre 2006 une «Journée des doctorants : « Présentation de recherches en cours.»

Le programme de cette journée est le suivant :

Université de Lausanne
Institut suisse de droit comparé (ISDC), salle de conférence

08h30-08h45 Ouverture par Jérôme Meizoz, FDi

08h45-09h25 Frédérique BEAUVOIS, histoire économique et sociale. Abolitions de l’esclavage et indemnités (1793-1888)
- Une perspective comparative

09h25-10h05 Florence PASCHE, histoire et sciences des religions. Représentations de corps féminins dans la littérature religieuse. Exemples de l’Inde médiévale et de la Grèce antique

10h05-10h15 PAUSE

10h15-10h55 Francis KAY, littérature française. Les représentations de l’espace public dans la littérature française du 18e siècle: l’exemple des cafés

10h55-11h35 Lyonel KAUFMANN, linguistique française. Le genre du manuel d’histoire vaudois

11h35-12h30 Yves ERARD, linguistique générale. Du sens du jeu à la raison d’agir. Comment est-ce qu’un enfant apprend le sens des mots à partir de mots dont il ne comprend pas le sens?

12h30-14h15 PAUSE-REPAS

14h15-14h55 Gaspard TURIN, littérature française. Ecrire sa lecture – Le traitement de l’hypotexte chez Pascal Quignard

14h55-15h35 Ruxandra VULCAN, littérature française. Le genre du dialogue à la Renaissance

15h35-15h45 PAUSE

15h45-16h25 Svetlana GORSHENINA, russe. De la Tartarie à l’Asie centrale. Le coeur d’un continent dans l’histoire des idées entre la cartographie et la géopolitique

Renseignements :
Université de Lausanne, Faculté des lettres
IRIS 4 : Nature, sciences et société
Av. de Provence 4, CH-1015 Lausanne
Tél. : 021/692 38 34, e-mail : info.cl-nss_at_unil.ch
Site internet : www.unil.ch/nss-iris4

Polémique autour du nouveau programme d’histoire québecois

Dans le sillage de la réforme scolaire québecoise, les programmes d’histoire sont actuellement revus.

Ceci dans une province québecoise fort chatouilleuse relativement à son histoire et ses rapports avec le Canada anglophone.

Visiblement la voie de la pacification des rapports identitaires entre le Canada anglophone et le Québec (quel part?) n’est pas encore effective. Elle se double des enjeux liés aux réformes en cours. En effet, les opposants à la réforme trouvent également, à partir de quelques éléments liés aux sujets à traiter, de quoi disqualifier l’ensemble du programme d’histoire et donc par ricochet de la réforme.

Enfin, le fonctionnement des médias est certainement en cause. En effet, ceux-ci préfèrent une bonne polémique à une observation et à une remise en perspective de l’ensemble du nouveau programme d’histoire. Pour un tour de la question intiale, lire le billet suivant à partir duquel vous pourrez rebondir : Histoire à dormir debout | Mario tout de go

Par ailleurs, le débat continue notamment au travers d’opinion dans le journal Le Devoir. A ce sujet, on consultera – les réactions et les opinions de Jocelyn Letourneau, piégé dans un premier temps par le journaliste du journal Le Devoir et qui poursuit notamment en indiquant :

A la lumière de [mes] recherches, je constate en effet que la vision de l’histoire du Québec qui perdure dans l’imaginaire des jeunes Québécois est prise dans un certain nombre de mythistoires constitutifs de notre identité collective. Amener les élèves à prendre conscience de ces mythistoires, à les critiquer aussi et à découvrir leur limite comme cadre de compréhension du passé, est un objectif auquel je souscris certainement car il respecte les principes de la démarche historienne, laquelle est tout le contraire d’un exercice de rectitude politique. Rappelons ce qui est lapalissade : on ne peut pas faire ce qu’on veut avec la matière du passé…

L’article : « Rectifications et précisions à l’égard d’un texte assassin – Un débat mal parti « 

Un autre historien-didacticien est intervenu également dans le débat : Christian Laville toujours dans Le Devoir, son opinion s’intitule « Un cours d’histoire pour notre époque ».

On y lit notamment :

Le principal reproche adressé au projet de programme — dont on n’a d’ailleurs considéré que la première moitié — est qu’il n’énumère pas un certain nombre de faits historiques, qui, soit dit en passant, sont les faits marquants sur lesquels la tradition fait reposer la question nationale. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que le projet de programme n’est pas un programme-catalogue. Ce n’est pas, comme les programmes d’avant la Révolution tranquille, une sorte de longue table des matières très détaillée. De fait, l’essentiel des faits envisagés se trouve dans cinq doubles pages, très aérées, d’orientation générale pour chacun des thèmes du programme.

Que le programme se veuille moins politique et s’ouvre à plus de faits économiques, sociaux, culturels, c’est vrai. Mais n’est-ce pas tout simplement tenir compte, dans une vision moderne de l’histoire, de la variété des faits qui composent la réalité historique d’une société ? Se vouloir plus «pluriel», n’est-ce pas de la même façon reconnaître le rôle que les Amérindiens et nos nombreux concitoyens issus de l’immigration ont joué et jouent dans notre histoire commune ?

De cette façon, l’histoire n’en sera pas moins nationale, comme le dit le sous-titre de l’article, puisqu’elle parlera de tous ceux qui composent la nation dans son espace québécois, mais elle pourrait être moins nationaliste, ce qui est autre chose.

A suivre…

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